Ce que Roman ignorait, c'était que le secret que Royan dissimulait se résumait à un coup de téléphone, un appel qui avait tout bouleversé pour elle, peu de temps avant leurs retrouvailles...
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*FLASH BACK*
New York,
Quelques temps plus tôt :(ndlr : avant le début de cette histoire)
Royan ignorait comment elle s'y était prise, mais Salomé avait une fois encore mis la main sur son numéro de téléphone et ses appels, devenus incessants, avaient tout du harcèlement moral. Ca avait commencé quand elle était à Athènes et avait continué à Rome où elle avait passé deux mois.
Dans les premiers temps, ces coups de fil n'avaient duré généralement quelques seconde, le temps pour elle de percevoir le souffle d'une respiration. Croyant d'abord avoir à faire à un jeu de gamins ,elle avait comprit au bout d'une semaine qui se jouait ainsi d'elle ainsi et avait changé de numéro. Depuis, les appels avaient repris, ici à New York où elle se croyait enfin tranquille, et la situation devenait plus qu'insupportable. Elle avait eu beau déménager et changer de numéro de téléphone, les appels n'avaient pas tardé à reprendre. La jeune immortelle commençait à craquer psychologiquement et cela se répercutait sur son physique. Epuisée, elle avait les nerfs en pelote, et ce qui était sur le point d'advenir n'allait rien arranger : un soir, le téléphone sonna ; lasse de jouer à cache-cache, elle avait décroché le combiné et avait entendu ce même souffle, puis une voix féminine murmurant :
- Enfin, je désespérais de t'avoir de nouveau au bout du fil ma belle...
- Que veux-tu de moi à la fin, Salomé ?avait-elle demandé en se laissant glisser contre le mur en retenant d'une main les mèches de cheveux qui lui masquaient partiellement le visage.
- Simplement te parler, prendre de tes nouvelles. C'est normal, je suis ton mentor après tout.
- Plus depuis longtemps.
- Tu m'as trouvé une remplaçante ? Ça m'attriste, avait fait l'autre immortelle d'un ton exagérément badin.
- A présent, je me forme seule, s'était contentée de répondre Royan sans entrer dans les détails.
- « Seule », tu n'as toujours eu que ce mot à la bouche, depuis que je te connais. Pourquoi la présence des autres te met-elle si mal à l'aise...?
- N'essaye pas de changer de sujet, avait murmuré Royan pour cacher son malaise croissant.
- Très bien, alors je vais aller droit au but : je te veux, reviens aux Météores !
- Tu sais parfaitement ce que j'en pense.
- Tu penses que je suis méprisable mais au fond de toi, tu sais que j'ai raison.
- Ta conception des choses n'a jamais été et ne sera jamais la mienne, quand est-ce que tu le comprendras ?! Je ne peux pas vivre dans ton monde, c'est ton rêve, et puis de toute façon un rêve est par définition de l'ordre de l'irréalisable. Et même s'il l'était, sache que je n'en voudrais jamais !
- C'est peut être un rêve, mais l'immortalité n'en est-il pas un autre ? Aurait-tu même jamais osé y rêver, sincèrement ?
- Tu devrais essayer de t'ouvrir un peu au monde réel. Tu t'apercevrais que ce qui est différent n'en est pas pour autant mauvais... Que ce soit au niveau des mortels ou des hommes...
- Joli leçon de philosophie, je vois que Penthésilée a bien rempli son oeuvre... Pourtant tu devrais me comprendre toi, ou alors tu as déjà oublié ce que des hommes comme Noah Underwood sont capables de faire aux femmes ? susurra-t-elle sur un ton acide.
Royan avait tressailli de colère et de honte à l'énoncé de ce nom, mais n'en avait rien laissé passer dans sa voix.
- Qui t'a dit... ?
- Je ne suis pas sure que tu veuilles le savoir...
- Arrête ce petit jeu.
- Je le sais tout comme je sais tout sur Alexis Graham et les conséquences destructrices qu’eurent sa passion sur ta vie. J'ai fais mener une enquête sur ton passé.
- Comment as-tu pu... ? avait explosé Royan. Tu n'avais pas le droit !
- Il me fallait te connaître pour te guider. Et ce que j'ai découvert m'a conforté dans le sentiment que toi, mieux que personne pouvait comprendre ma cause : ton père était si peu présent que tu as fugué, Alexis te harcelait... avait-elle commencé à énumérer lentement.
- Assez ! s'était écriée Royan en écartant le combiné. Ma mère a sa part de responsabilité dans tout ça, quant à Alexis...
Royan n'avait rien ajouté de plus, mais son silence était en lui même plus éloquent que n'importe quel long discours.
- Et ton compagnon, avait achevé Salomé, quelle excuse lui trouveras-tu à lui pour ce qu'il t'as fait ?
Un éclair de fureur avait traversé les grands yeux noirs de Royan.
- Jesse... Jesse est mort par ma faute et tu le sais. Ne t'avises pas de le mêler à toutes ces insinuations sordides ou bien je jure que...
- Pourtant, c'était un menteur... comme tous les autres, l'avait coupé Salomé.
- Qu... Quoi ? avait balbutié Royan.
- Disons qu'il a omis de te parler de certaines choses...
- Telles que...? n'avait pu s'empêcher de demander la jeune fille après un long silence.
- Des relevés de téléphone ont prouvé que ton Jesse était en contact régulier avec Alexis Graham avant même l'époque de votre première rencontre. Ce que je veux dire c'est que votre rencontre n'était pas le fruit du hasard, il faut que tu le comprennes enfin. J'ai en ma possession des relevés de banque datant de 1995 prouvant le transit de sommes importantes depuis un compte de Graham sur celui de Harper.
- Ce sont des faux, j'en suis persuadée, avait fait Royan, le souffle court.
- Tu pourrais vérifier sans peine, mais j'ai une preuve autrement plus convaincante. Monsieur Graham était très prévoyant et faisait enregistrer toutes ses conversations. Je détiens l'une de ces bandes enregistrée où on les entend parler de toi. Tu veux l'entendre ?
Livide, Royan n'avait rien répondu, parce qu'elle savait qu'à présent, il serait très difficile d'effacer ce doute affreux de son coeur.
- Jette donc un oeil dans ta boite aux lettres, avaient été les dernières paroles de Salomé avant qu'elle ne raccroche.
Lentement, Royan s'était levée et s'était dirigée vers le couloir, elle avait descendu l'escalier, et avait ouvert d'une main tremblante sa boîte aux lettres. A l'intérieur, se trouvait une grande enveloppe qu'elle avait ramassée. Une fois de retour dans son studio, elle s'était assise en tailleur sur son lit et avait regardé l’enveloppe un long moment avant d'oser l'ouvrir. Elle renfermait un CD qu'elle avait longuement hésité à écouter. Elle fut même à deux doigts de le détruire, mais avait trop besoin de savoir si ce que disait Salomé était mensonge ou vérité, aussi elle l'avait placé dans un lecteur cd, avant d'enclencher la fonction "lecture". Ce qu'elle avait entendu l'avait rendu littéralement malade de chagrin. A la fois parce que c'était la première fois qu'elle réentendait la voix douce et chaude de celui qui avait tout représenté pour elle, mais aussi du fait du contenu de cette conversation qu'il avait avec un interlocuteur à la voix toute aussi reconnaissable. Au fur et à mesure de son écoute, elle s'était recroquevillée de plus en plus sur son lit. Elle s'était refusée à aller plus loin dans l'écoute et avait coupé net la bande avant de quitter précipitamment les lieux pour prendre l'air.