Chapitre 15

Après cela, les souvenirs de cette soirée étaient flous pour Royan, bien qu'extrêmement précis dans leur succession. Elle s'était directement rendue à la salle de sport qu'elle fréquentait depuis peu et, après s'être changée et sommairement échauffée, avait entrepris de s'exercer au Kick-Boxing sur un punching-ball. Elle avait frappé sans chercher à penser ; reversant toute sa rage et sa peine dans ses coups. Epuisée et en sueur, elle s'était essuyée le front avec un linge qu'elle avait sur les épaules, puis était allée s'asseoir sur un banc. Elle était seule compte tenu de l'heure tardive et du mauvais temps. Elle avait commencé à ôter ses gants et avait découvert qu'elle s'était abîmée le dessus de la main gauche à force de frapper. Les écorchures n'avaient pas tardé à cicatriser, mais elle n'avait pu s'empêcher de se demander quand les blessures faites à son âme cicatriseraient-elles ?
- Foutue immortalité ! avait-elle marmonné en se prenant la tête entre les mains.

Elle avait eu une pensée pour Methos, dont elle dut reconnaître que la présence lui aurait bien remonté le moral à cet instant précis. Le vieil immortel avait le don de la faire sourire dans les pires situations par son humour totalement décalé et son objectivité qui lui faisait toujours admettre qu'on était au bord de la catastrophe tout en gardant un indéfectible sourire...
Elle avait également repensé à Mona Demarkov, à qui elle avait fait ses adieux après que cette dernière eut jugé qu'elle n'avait plus rien à lui apprendre et que si son apprentissage devait être complété, c'était désormais du ressort d'autres maîtres, voire de Royan elle-même de s'en occuper. Elle lui avait offert ses poignards et son épée indienne en cadeau. Cela faisait trois mois maintenant qu'elle s'en était allée, et depuis la jeune fille vivait dans un isolement constant, refusant de s'attacher à qui que ce soit de crainte d'un nouveau cataclysme dans sa vie. Elle avait beaucoup bougé entre Athènes, Rome et à présent New York, sans parvenir jusque là à trouver un endroit où elle se sentit prête à se construire une vie nouvelle. Mais depuis qu'elle était à New York, elle s'était rendu compte que ce n'était pas tant l'endroit qui posait problème qu'elle même. Inconsciemment, elle faisait tout pour se donner un prétexte pour repartir, encore et toujours...

Elle s'était relevée et avait rejoint les douches. Après s'être délassée un long moment sous le jet d'eau chaude, elle avait enfilé un peignoir blanc et avait enveloppé ses longs cheveux noirs dans une serviette qu'elle avait attachés au dessus de sa tête. Elle s'était changée rapidement dans les vestiaires et avait commencé à sécher ses cheveux, en donnant par moment quelques coups de brosse pour les démêler. A un moment donné, elle avait coupé le sèche-cheveux, l'avait posé sur la tablette du lavabo et s'était assise devant le miroir légèrement embué. Elle l'avait nettoyé avec sa main et s'était contemplée.

Ca l'avait effrayé de voir à quel point elle n'avait pas changé ! Elle qui était censée avoir 27 ans avait toujours le visage de la toute jeune femme de 23 ans qu'elle avait été... Qu'elle était peut être toujours. Son esprit n'en était pas très loin compte tenu de la longue période de "léthargie" qu'elle avait vécue dans les glaces, mais elle avait beaucoup mûri ces derniers temps, du moins le pensait-elle. Tout ce qu'elle avait traversé l'avait beaucoup assombrie et lui avait ôté les dernières illusions qu'elle avait jamais pu avoir sur la vie. Elle avait envie de changer, physiquement aussi bien que moralement, et pour cela - aussi dérisoire que cela puisse être - elle avait saisi une paire de ciseau et avait coupé sans trop y réfléchir une épaisse mèche de cheveux sur le devant de façon à se créer une frange. Elle avait égalisé la coupe et avait contemplé le résultat qu'elle avait apprécié. Après avoir reposé les ciseaux et achevé de se sécher les cheveux, elle était repartie.

Ayant choisi de rentrer à pied, elle s'était engagée dans les rues silencieuses du Manhattan nocturne. Le froid vif avait vidé les rues de New York dès la tombée de la nuit. Elle avait apprécié quelques minutes de se trouver seule dans ce lieu d'habitude bondé de monde, mais n'avait pas tardé à regretter cet état des choses. Le silence était propice à la pensée et penser était bien la dernière chose qu'elle voulait faire à cet instant. La pensée la ramenait toujours trop près de ses anciens démons. Malgré elle, elle avait songé en frissonnant à tout ceux qu'elle avait laissé derrière elle, Jesse, Damien, et même Alexis... En fermant les yeux, c'était comme si elle s'était trouvée face à eux et pour chacun d'entre eux, deux images s'imposaient, parfaitement différentes l'une de l'autre... Pour Damien, c'était les images du frère aimant et celle de l'homme, méconnaissable, à qui elle avait parlé à l'institut pénitentiaire psychiatrique qui se superposaient ; pour Alexis, il était à la fois l'ami de toujours et l'amoureux obsessionnel, ce criminel ; quant à Jesse, il était à la fois l'amour de sa vie et un menteur...
Chapitre 15
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# Posté le jeudi 27 décembre 2007 13:24

Modifié le lundi 17 mars 2008 11:54

Chapitre 16...

Chapitre 16...
Les soucis s'étaient accumulés pour Royan. Depuis quelque temps, elle ne parvenait plus à trouver le sommeil du fait des rêves qui l'assaillaient chaque nuit; des rêves dans lesquels elle revoyait toujours Jesse... Extrêmement fantasmagoriques, les scènes avaient peu de choses en commun avec la réalité, mais elle n'y prêtait pas attention. Peu importait au fond qu'elle se trouve en un lieu totalement improbable ou impossible, que les couleurs soient si délavées ou au contraire à ces points contrastées ; il était là et c'était tout ce dont elle se remémorait en se réveillant. Parfois, il paraissait tel une ombre lointaine et intouchable, d'autres fois il était si proche qu'elle aurait pu le toucher du doigt s'il n'avait disparu à l'instant où elle y avait pensé... Elle le suivait, parfois, à travers des sentiers dans un environnement naturel et verdoyant, mais ce paradis ne tardait pas à se métamorphoser en enfer glacé et Jesse était comme happé sous ses yeux par ce monstre de glace qu'était la montagne auparavant si accueillante... Ces songes ; ou peut être serait-il plus juste de les appeler cauchemars ; la rendaient littéralement malade. Elle souffrait d'insomnies, de nausées, de fièvre, d'hallucinations.... Elle avait maigri et ses traits tirés soulignaient les nuits entières passées sans fermer l'oeil, épuisée par cette plongée dans la douleur la plus profonde qu'elle eut jamais vécue jusque là... Elle ne supportait plus de continuellement voir et revoir ce visage bien aimé et perdu à jamais, et se demandait quel crime avait pu être le sien pour être condamnée à un châtiment aussi cruel.

Perdue dans sa réflexion, la jeune immortelle avait mis du temps à réaliser qu'elle longeait pour au moins la troisième fois consécutive la même avenue, s'arrêtant à chaque fois au même endroit à l'ombre d'une devanture de magasin, à l'intersection de deux voies d'où elle avait une vue dégagée sur une autre façade qui ne se distinguait en rien des autres bâtiments si ce n'était par un grand panneau lumineux noir sur lequel se détachait en lettres bleues un nom qui clignotait par moments.

Le lieu en question lui inspirait des sentiments contradictoires, à la fois d'attraction et de répulsion. Elle s'était reprochée d'être venue ici alors qu'elle savait nécessaire de prendre ses distances d'avec son passé, mais inconsciemment et inexorablement, ses pas la ramenaient toujours vers ces endroits emblématiques de sa vie passée... Ce lieu plus que tout autre renfermait un trop plein de souvenirs - bons ou mauvais, peu importait au fond - mais auxquels elle doutait qu'il soit bon pour elle de se confronter. Elle s'était dit enfin qu'il valait mieux ne pas tenter le diable et après un dernier regard, s'était éloignée sans se retourner.

Elle n'était pas rentrée directement chez elle, mais avait marché dans le froid jusqu'au petit matin, traversant Central Park enneigé, observant les vitrines éclairées et joliment parées de leurs décorations de Noël et avait longé un long moment un bras de l'Hudson River, les mains enfoncées dans les poches, jusqu'à atteindre le pont de Brooklyn, désert à cette heure extrêmement matinale. Vu de loin, on aurait pu prendre la jeune fille pour une ombre fantomatique, c'était ce sentiment qu'évoquait sa silhouette enveloppée dans son manteau gris sombre, prise dans la lumière du soleil levant. Elle avait rabattu sa capuche sur sa tête juste avant de s'engager sur le pont suspendu. Une fois parvenue à mi-chemin, elle avait marqué un arrêt. Le vent soufflait plus fort ici que nulle part ailleurs, soulevant les longues mèches de cheveux noirs qui s'échappaient de l'espèce de béret noir en laine qu'elle portait. Son regard était lointain, comme attentif à une chose qu'elle seule pouvait voir. Revenant brusquement à la réalité, elle avait laissé errer son regard sur les vagues qui se formaient plusieurs centaines de mètres au dessous d'elle, sans qu'il y ait eu l'ombre d'un crainte, d'un doute ou de quoi que ce soit qui ait pu trahir une crise émotionnelle dans ses yeux. Elle s'était approchée de la rambarde et avait pris une profonde inspiration avant de l'attraper à deux mains et de se hisser dessus. D'abord accroupie, elle s'était redressée, lentement. A présent, elle se tenait, droite sans frémir mais pâle comme une morte, les cheveux flottants au vent. Elle s'était répété que les lieux étaient complètement déserts à cette heure ci de la journée et avait avancé d'un pas, puis d'un second jusqu'à se trouver au bord du vide... Elle avait commencé à se pencher en avant tout en gardant les yeux fermés. Elle avait ressenti une peur primaire, face à ses propres actes. Souhaitait-elle la mort ? Non, et l'eut-elle voulu qu'elle ne l'eut pas obtenue de la sorte. Tout ce qu'elle avait espéré en venant ici, c'était que quelqu'un s'y trouve, quelqu'un qui lise dans son âme ses souffrances et l'aide... Quelqu'un pour se soucier d'elle tout simplement. Mais il n'y avait personne et il n'y aurait jamais personne... Personne... Elle s'était alors remémorée avec un humour fantasque en de pareils circonstances des paroles d'une chanson :

"Annie,
~ Sa tombe est bien rangée près des pissenlits ~
~ Il n'y a pas vraiment grand monde qui viendra en somme ~
~ Pour ne pas dire personne ~ "
(Émilie Simon)


- Mourir... ? Bah, morte je le suis déjà, avait-elle murmuré pour elle même avec un sourire désespéré sur les lèvres.

Un courant d'air glacé avait frôlé son visage. Elle avait reculé tout aussi brusquement qu'elle s'était avancée et s'était appuyée le dos à un pilier, le long duquel elle s'était laissée glisser en larmes.

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# Posté le jeudi 27 décembre 2007 13:32

Modifié le lundi 17 mars 2008 11:53

Chapitre 17...

Chapitre 17...
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C'était cette soirée que s'était remémorée Royan après le départ de Roman, dans ses moindres détails... Et ça l'avait conforté dans sa résolution à défaut de la consoler. Elle n'était pas prête à s'engager dans une autre relation amoureuse et ne voulait pas faire payer au jeune homme pour son amertume et ses regrets... Il lui fallait d'abord faire le deuil de Jesse avant de songer à fréquenter quelqu'un d'autre... Elle y pensait encore quand elle sentit un buzz provenant de la rue. Curieusement, elle ne s'en inquiéta pas et descendit après avoir passé un manteau. Elle n'eut pas à en chercher longtemps la source : une voix dont l'intonation n'était pas exempte de sarcasme jaillit de l'autre côté de la rue.
- C'était très touchant cette petite scène !
Royan tressaillit en l'entendant et leva une seconde seulement les yeux vers Methos.
- Tu peux parler, derrière tes dehors d'opportuniste sans coeur, je sais bien ce que tu es au fond.
- Oui mais tu sais aussi que pour assurer ma survie et celle de certaines personnes (il lance un regard significatif), je suis prêt à tout. On est semblables d'ailleurs sur ce point là.
Royan chassa d'une main les cheveux noirs qui lui masquaient partiellement les yeux et lui adressa une grimace moqueuse avant de s'éloigner pour regagner son immeuble en secouant la tête d'un air à la fois désolé et exaspéré. Après ce qui s'était passé avec Roman elle n'était pas d'humeur à parler... surtout pas à cette tête de mule ! Ce dernier, sortant de l'ombre dans laquelle il se terrait, traversa la rue et entreprit de rattraper la jeune fille qui avait déjà presque passé le porche de l'immeuble. Il parvint à se faufiler à l'intérieur de l'immeuble alors que la porte allait se refermer, verrouillant l'entrée pour la nuit. Royan montait les escaliers. Elle ne lui prêta pas plus d'attention qu'on ne le fait à un inconnu quand il lui parla :
- Attends moi bon sang ! Tu t'es résolue à ne plus m'adresser la parole, c'est très bien, mais j'aimerais quand même te faire remarquer que ce n'est pas en m'évitant que les choses s'arrangeront... !
Il parlait tout en montant les étages, et Royan pressa volontairement le pas.
- Quelles choses ?! finit-elle par lâcher, brutale.
- Ta situation... Je ne sais pas moi. Ce à quoi tu crois pouvoir échapper en fuyant ceux qui pourraient t'aider. Je sais de quoi je parle, crois moi, j'ai une longue expérience de ce genre de pratiques derrière moi...
- Sur ce point je veux bien te croire sur parole ! murmura Royan avec un vague sourire.
- J'ai réussi à te faire sourire, remarqua Methos, C'est bon signe.
Royan s'arrêta devant sa porte et se tourna vers Methos. Son regard était grave, triste mais déterminé :
- Bon venons en aux faits si ça ne te dérange pas.
Methos approcha :
- La ville n'est pas sûre ces temps ci. Je veux que tu t'éloignes de New York.
- Pourquoi ?
- Une immortelle.
- Il y en a un paquet dans le monde, qu'est-ce que tu veux que ça me fasse, répliqua Royan avec un haussement d'épaule éloquent.
- Celle là est particulière. Extrêmement dangereuse, très intelligente et complètement folle d'après ce que je sais d'elle. Tu ferais une proie idéale si tu croisais son passage.
- Et qu'est-ce qui te fais croire que je vais croiser sa route... ? fit Royan en tournant le dos à Methos pour lui montrer sa réticence.
- C'est une hors la loi, une meurtrière. Elle a été emprisonnée et s'est évadée il y a un an de la prison anglaise de Newcastle, depuis on a perdu sa trace. J'ai mis un moment à faire le lien entre cette femme et toi, mais j'ai fini par me rappeler du nom de l'autre prisonnière qui avait disparu lorsque tu t'es évaporée dans les airs l'an dernier : Reinhardt. Je l'avais lu dans les journaux. Ca ne te rappelle rien à toi... ?!
Royan avait baissée la tête.

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# Posté le lundi 21 janvier 2008 14:30

Modifié le lundi 17 mars 2008 11:50

Chapitre 18...


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FLASH BACK
Un peu plus d'un an auparavant...

Royan entrouvrit les yeux et se releva en sursaut. La tête lui tournait et elle avait la vue trouble, mais elle parvint à se lever et à s'approcher de la porte. La jeune immortelle secoua avec nervosité la poignée de porte sans succès; la pièce était verrouillée de l'extérieur. Elle se dirigea alors vers la fenêtre d'où était visible le lever du soleil, mais là encore, le passage était entravé par de solides barreaux. Le regard de Royan se fixa sur un miroir et elle recula dans un mouvement d'effroi. La surprise passée, elle se rapprocha un peu et détailla son reflet. Elle posa une main tremblante sur son visage ensanglanté. Du sang séché était également collé dans ses cheveux. Un bruit la fit brusquement se retourner.

Une jeune femme, très grande, aux longs cheveux blonds parsemés de tresses fines, se tenait dans l'encadrement de la porte grande ouverte, un sourire aux lèvres. C'était une immortelle.
- Bonjour, fit-elle. Tu es enfin réveillée à ce que je vois. Je suis Salomé, se présenta-t-elle.
Royan se prit la tête entre les mains; des bribes de souvenirs refaisaient surface. Elle jeta un regard franchement hostile à l'autre immortelle.
- Je me souviens de vous. Vous étiez aussi détenue à la prison...
- Exact ma belle, nous nous y sommes croisées à plusieurs reprises. Là bas, j'ai senti ta peur. Tu pensais que c'était à ta tête que j'en voulais, mais ce n'est pas le cas princesse ! Je veux te rendre forte et faire en sorte que plus jamais tu ne ressentes la peur que ce soit face à un immortel ou un mortel !
En disant ces quelques mots, elle avança un peu et commença à tourner lentement autour de Royan, comme pour effectuer un rapide examen. Cette dernière, mal à l'aise, murmura :
- Vous... vous aviez tout prévu !!
- Tu l'as compris très vite, fit Salomé admirative. Oui, la rébellion des détenues a été montée de l'extérieur pour m'aider à fuir. Mais ta présence a, disons, quelque peu bouleversé mes projets.
- Ma présence ? s'exclama Royan en se tournant vivement vers Salomé.
- Oui, je ne pouvais pas t'abandonner à ton sort. C'est pour ça que j'ai récupéré l'arme d'un gardien et....
Une image traversa l'esprit encore embrumé de Royan
- Je t'ai mis une balle dans la tête puis je m'en suis tirée une dans le coeur. Tu me pardonneras la brutalité de ce procédé mais c'était notre seule porte de sortie.
- Peut être pour vous, mais moi... J'étais sur le point d'être libérée ! protesta sans conviction Royan.
- C'est bien là ce que je voulais t'éviter ma belle.
- Quoi ? balbutia Royan décontenancée.
- J'ai pris connaissance de ton histoire grâce aux journaux et à nos codétenues, ta "miraculeuse" réapparition m'a particulièrement intéressée. J'y ai longuement réfléchi et selon moi tu n'as d'autre prison que ton passé. A quoi bon essayer de réintégrer cette vie quand tu sais bien qu'il te faudra disparaître de nouveau un jour ? Tu as besoin d'aide et je suis prête à te l'offrir c'est tout ce qui compte.
Sa voix chaude était pleine de conviction, rassurante pour Royan qui ne put néanmoins s'empêcher de demander :
- Pourquoi vous intéressez vous autant à moi ?
- Mais parce que nous sommes semblables toutes les deux, quelle question !
- Immortelles, c'est ce que vous entendez par "semblables" ?
- On peut dire ça, confirma vaguement Salomé avec un haussement d'épaule accompagné d'un sourire entendu.
- Et ma tête ne vous intéresse vraiment pas ? la questionna encore Royan d'un air méfiant.
- Je ne m'attaque qu'aux personnes que je considère comme une menace, ou à celles m'ayant trahies, et pour l'heure tu n'entres pas dans cette catégorie. Te voilà donc libre d'aller et venir, de changer d'identité et surtout de choisir tes propres lois...
- Mais il me semble que nos lois existent déjà, répliqua la jeune immortelle avec circonspection.
- Oublie ça, tu veux bien ? dit sèchement Salomé. C'est du pur formatage tout cela et ça me peine de te voir t'y soumettre comme un bon petit chien.
La comparaison déplut royalement à la jeune fille qui ne le cacha pas, mais la femme fit comme si elle ne l'avait pas remarqué.
- Allez viens j'ai des choses à te montrer, fit elle en se levant et entraînant Royan avec elle.

Elles montèrent dans une jeep qui attendait devant la porte et roulèrent plusieurs heures durant sur de petites routes, pénétrant dans une région de plus en plus sauvage.

- Où sommes-nous ? finit par demander Royan après qu'elles eurent passé un poste frontière gardé par des soldats en uniforme.
- Plus en Angleterre, mais ça tu t'en doutes bien.
- Oui mais où ? insista-t-elle.
Salomé détestait en général qu'on lui tienne tête mais elle se sentait encline à l'indulgence avec Royan, aussi elle finit par répondre :
- Nous venons de quitter La Macédoine, se contenta de dire Salomé sans quitter des yeux la route.
Chapitre 18...

# Posté le lundi 21 janvier 2008 14:43

Modifié le lundi 17 mars 2008 11:48

Chapitre 19...

Chapitre 19...
Plusieurs heures plus tard...
La jeep, après avoir évolué des heures durant au sein d'un paysage de montagne parsemé de quelques rares villages, s'était engagée sur une interminable descente qui les avait fait déboucher sur un étonnant paysage... Un long plateau à la végétation luxuriante s'ouvrit devant elle, parsemé de pitons rocheux gigantesques, hauts de plusieurs centaines de mètres. Ces éperons de pierre semblaient avoir miraculeusement jailli du sol et se découpaient à perte de vue dans un environnement totalement sauvage. Non loin de là se dessinaient les rivages rocailleux de la mer. Royan, contemplant les lieu d'un regard émerveillé par une telle beauté, découvrit une série de bâtiments anciens fortifiés à peine visibles,, érigés au sommet de plusieurs de ces impressionnantes masses rocheuses grises.
- Où sommes-nous ? ne put-elle s'empêcher de demander.
Salomé décida de satisfaire à sa curiosité :
- Ce lieu a pour nom les Météores, nous nous y sommes installées il y a de cela 300 ans et possédons depuis un droit inaliénable sur ces terres.
- Et ces constructions ? fit Royan en désignant d'un mouvement de tête les bâtiments accrochés si près du ciel.
- Elles sont antérieures à notre arrivée. Il s'agit d'anciens monastères chrétiens orthodoxes construits au 14è siècles par les moines pour échapper aux Turcs et aux Albanais. Nous les occupons depuis leur abandon.
- C'est un lieu saint ?
- Oui, fit-elle en souriant, comme amusée. Les écrits des anciens prétendent que ces pics sont des roches envoyées sur terre par le ciel pour permettre aux ascètes de se retirer et prier.
- D'où le nom de Météores, en conclut Royan.
- Oui, ces monastères ont été baptisés "Meteora Monasterioa"...
- "Monastères suspendus au ciel", traduisit presque automatiquement Royan dont le grec ancien avait de tout temps été l'une des matières préférées.
- Tu sais que tu es bien la première à ne pas me demander comment diable cet endroit a pu se former ainsi ?! remarqua Salomé.
Royan fit une petite moue. Elle s'y connaissait plutôt bien en matière de géomorphologie du fait de sa longue pratique de l'escalade et quelques minutes d'observation lui avait permis de comprendre que le processus de formations de ces éperons devait sans doute beaucoup à l'érosion. Il lui suffisait de voir les montagnes voisines, culminant à peu près à la même hauteur que les pics pour en conclure que ces derniers avaient du faire partie de cette même montagne par le passé; et en avait été séparés à un moment donné par l'effondrement d'une partie du massif, formant par la même occasion cette plaine sur laquelle elles se roulaient à cet instant.
- A combien de mètres culminent ces éperons ?
- Entre 300 et 650 mètre approximativement.
La jeep quitta la route pour emprunter un sentier rocailleux s'enroulant tel un serpent autour de l'une de ces formations rocheuses.
- Ceci est la seule route qui mène là haut et cela concerne l'ensemble des éperons. Ils sont trop à pic pour qu'il soit possible de créer d'autres voies. De toute manière je pense que c'est mieux pour notre sécurité et notre anonymat, expliqua Salomé.
- Comment accède-t-on aux autres bâtiments dans ce cas ? demanda Royan, perplexe.
Salomé indiqua quelque chose du doigt, un pont suspendu franchissant la gorge qui séparait ce pic rocheux de son voisin immédiat.
- C'est comme ça partout, des passerelles et des escaliers à foison. J'espère que tu n'as pas peur du vide ?! plaisanta froidement Salomé.
Royan ne répondit pas.
- Le confort est assez spartiate, tu verras, mais on s'y fait. La beauté du paysage compense bien ce petit désagrément. Et puis nous avons aménagés les monastères de façon beaucoup plus agréable avec le temps. Ca pourrait être ta future demeure, si tu le veux, ajouta-t-elle toujours d'une voix parfaitement tranquille.
Royan ne releva pas la dernière phrase.

# Posté le lundi 21 janvier 2008 15:02

Modifié le lundi 17 mars 2008 11:45