Chapitre 20...

Elles franchirent une grille et Salomé gara la jeep près de la passerelle que les deux jeunes femmes traversèrent sans grande difficulté.
Après avoir gravi un long escalier taillé à même le roc, elles atteignirent le premier monastère. Le bâtiment se dressait, bâti sur une large plate-forme rocheuse au sommet du piton rocheux le plus haut, protégé par une lourde enceinte de pierre. Une vue spectaculaire se déployait de part et d'autre. Royan grimpa quelques marches du perron mais, alors qu'elle s'apprêtait à pénétrer à l'intérieur, Salomé la retint et commença à lui expliquer certaines choses :
- Ici, c'est une sorte de sanctuaire... ou de refuge si tu préfères, pour des femmes qui n'ont cessé de subir l'oppression masculine. Nous avons formé une sorte de "clan" il y a de cela plusieurs milliers d'années, et j'en suis actuellement à la tête. Cette communauté, en retrait du monde, fut fondée par une femme extraordinaire qui fut mon guide il y a de cela 2000 ans mais qui est... morte il y a longtemps à cause d'un homme. Notre groupe gagne en ampleur et notoriété ces derniers temps, nous avons néanmoins décidé de rester cachées car nous cultivons une autre forme de pensée que celle qui prédomine et je te propose d'en faire partie...
La proposition était un peu trop abrupte pour que Royan sache quoi répondre.
- J'ai besoin de temps avant de donner une réponse, et aussi d'en savoir davantage... se contenta-t-elle de dire.
- Bien entendu, répliqua aussitôt son interlocutrice avec un sourire charmeur, en l'invitant à s'asseoir. Nous ne voulons plus nous soumettre à ces règles barbares qui nous poussent à nous entretuer. Plus de massacre inutile pour cette chose, ce "prix" dont nous ignorons tout. Pourquoi se laisser guider par des règles dont nul ne sait qui les a crées, sans doute des hommes... Ce sont eux nos ennemis.
La tonalité de sa voix s'était assombrie en disant ces quelques mots.
- Pourquoi une telle haine des hommes ? fit Royan très circonspecte.
- Est-ce que le nom de Penthésilée évoque quelque chose pour toi ?
- Oui. Celui d'une reine amazone dans la mythologie grecque.
- Tu as une bonne culture, mais tu t'appuies un peu trop sur la raison. Penthésilée a vécue, elle a été mon mentor !
- Elle était immortelle ?! fit Royan avec surprise.
- Oui. C'est elle qui me trouva et prit soin de moi après ma première mort. Elle me fit comprendre le danger que représentait l'homme pour nous, menace dont j'ai été moi-même victime sans en avoir conscience... Ils n'ont cessé de nous traiter comme des objets durant des siècles, des millénaires devrais-je dire, sans la moindre considération. Ils nous disaient faibles, mais moi je veux prouver que ce sont eux les faibles, les lâches ! Toutes les femmes qui sont ici, immortelles comme mortelles, pourront en témoigner. Elles ont toutes été soit battues, soit violée, soit vendues comme du bétail. Cet endroit les a souvent sauvées d'une vie pire que la mort et nul homme n'est et ne sera jamais admis en ces lieux !
- Tous les hommes ne sont pas des salops... Les choses ont progressé.
- C'est là que tu te trompes ma chérie mais tu es encore trop innocente pour le comprendre alors je te le pardonne. Il fut un temps où je le crus aussi mais force est d'admettre que les hommes sont restés des menteurs et des égoïstes qui se croient encore tout permis. La seule chose qui a vraiment changé c'est qu'ils savent mieux le cacher aujourd'hui derrière de belles paroles et de fausses promesses... Voilà, je crois t'avoir tout dit de notre conception des choses, maintenant à toi de faire ton choix. Tu es libre de demeurer parmi nous aussi longtemps que tu le souhaiteras, aussi bien que de partir dans l'heure, mais réfléchis bien avant de faire ton choix : Que cherches tu réellement ?

Salomé conduisit Royan à sa chambre, une petite pièce très lumineuse avec vue sur la Mer Egée. La jeune immortelle se laissa tomber sur le lit moelleux et réfléchit un fort long moment à la situation dans laquelle elle se trouvait, ainsi qu'aux paroles de Salomé. Elle observa plusieurs jours durant l'entraînement des jeunes immortelles pour se faire une idée de la vie en ces lieux. La violence la répugnait du fait d'une mauvaise expérience passée, aussi restait-elle en retrait. Néanmoins elle était un peu moins sur la défensive qu'au tout début et savait bien qu'il lui faudrait passer par là, elle aussi, un jour ou l'autre.

Une après-midi, Salomé s'approcha d'elle, et lui demanda à quoi elle pensait, ce à quoi Royan répondit par une question:
- Si vous êtes contre ces règles qui nous poussent à nous battre pourquoi cet entraînement ?
- Il nous faut bien nous protéger, la sécurité de ce lieu sera toujours relative...
Chapitre 20...
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# Posté le lundi 21 janvier 2008 15:19

Modifié le lundi 17 mars 2008 11:44

Chapitre 21...

Lorsque Royan demanda le soir même à Salomé de devenir son mentor, cette dernière salua cette décision en portant un toast à la nouvelle venue.

Curieuse de tout, Royan n'avait pas tardé à se lancer dans une exploration minutieuse des lieux, l'endroit la fascinait depuis son arrivée. Elle avait déjà partiellement fait connaissance avec le corps principal du monastère, reconverti en d'immenses salles d'entraînement à l'usage exclusif des immortelles; ainsi qu'avec les deux grandes dépendances situées un peu à l'écart qui renfermaient les chambres. Des espaces de relaxation et de discussion avaient été aménagés, telle une vaste bibliothèque regroupant une quantité impressionnante de manuscrits anciens. Au sous-sol, des salles étaient réservées au seul usage de Salomé.
La vie était rudimentaire voire même rude par bien des aspects ce qui n'empêchait pas quelques marqueurs de la civilisation moderne d'y être en usage, telle l'électricité, que produisait un système archaïque mais ayant fait depuis longtemps ses preuves, associant un générateur à une puissante chute d'eau que formait une rivière de montagne non loin du monastère. Royan put également explorer les autres pics, visitant d'autres salles d'entraînement plus perfectionnées et isolées, des bâtisses communautaires renfermaient des sortes d'ateliers où mortelles et immortelles travaillent à tour de rôle, le tout alimenté en eau par des rivières de montagne.
**************
Durant les semaines qui suivirent, la jeune immortelle s'astreignit à un entraînement intensif et rigoureux. Sa longue pratique de la danse lui avait conféré une grande souplesse et celle d'autres sports, en particulier l'escalade, lui avait donné une endurance peu commune qui n'échappa à Salomé. Chaque jour, Royan pratiquait une série d'exercices d'assouplissements et de tonification, suivis d'un long jogging, puis de divers exercices incluant des combats à mains nues ou armée d'un simple bâton, et des parcours d'endurance. Salomé observa ses progrès rapides avec attention. Elle en était très satisfaite sans pour autant parvenir à effacer la vague inquiétude qui lui trottait dans la tête : sa nouvelle élève n'avait pas encore accepté de toucher à une épée jusque là...

Royan, elle, ne se souciait de rien pour une fois. Elle appréciait simplement de reprendre une activité physique. L'exercice régulier lui avait beaucoup fait défaut ces derniers mois. Elle envisagea même de se remettre à l'escalade. Il faut dire que les hautes falaises étaient extrêmement attirantes, un défi tout neuf pour elle, mais le véritable défi, c'était de lutter contre cette peur qui habitait en permanence son c½ur. Elle n'avait jamais pu se résoudre à reprendre l'escalade depuis ce qu'elle appelait "l'accident", - pas même en salle - appréhendant d'être submergée par d'horribles souvenirs si elle tentait la moindre grimpée. Pourtant, tout au fond d'elle, elle aimait toujours autant ce sport extrême qui lui avait donné les plus belles sensations de liberté qu'elle eut jamais ressenti et qui mettait à l'épreuve son corps et son esprit dans leurs dernières limites. La peur existait et elle l'avait déjà ressenti au cours de multiples ascensions. C'était un sentiment naturel et qu'il fallait savoir écouter pour bien juger de la nature d'un danger et réagir avec suffisamment de vitesse pour éviter la catastrophe. Elle avait toujours gardé sa peur sous contrôle jusque là, et le fait qu'aujourd'hui ce soit l'inverse lui déplaisait souverainement. Pourtant elle savait que sa peur était en quelque sorte "déréglée"; et qu'elle se devait d'y remettre bon ordre.
Un jour, sans même y penser, elle s'était lancée à l'assaut d'une falaise, assurée par une autre immortelle. Tout se passa sans problème jusqu'à ce qu'elle passe une corniche. Prenant appui dessus, elle contempla la beauté sublime du paysage depuis ce point de vue peu commun. Puis cette image se brouilla et laissa place à un paysage désertique de neige et de glace. Elle tenta de chasser cette vision mais, n'y parvenant pas, elle baissa les yeux et fixa le vide, pétrifiée. Finissant par dépasser tout cela, elle acheva son ascension, les larmes aux yeux.
Après cette expérience, elle se remit à l'escalade de manière acharnée mais la plupart du temps en solitaire, s'assurant par elle-même. Elle explora ainsi toutes les falaises, une à une, ne tardant guère à récupérer ses réflexes anciens. Le traumatisme était toujours latent dans son c½ur même si elle se refusait à le reconnaître. Pratiquer de manière effrénée l'escalade, c'était un tentative pour effacer ce traumatisme, comme si à chaque ascension, c'était la mort qu'elle défiait, cette mort qui lui avait tout pris mais qui l'avait rejetée, elle...

Le temps passant, Salomé en vint néanmoins à s'inquiéter de l'attitude de Royan. Cette dernière n'avait eu aucune peine à assimiler les techniques défensives, mais à partir du moment où il avait été question de se lancer dans l'apprentissage des techniques offensives, sa nouvelle protégée s'était presque braquée. Encore très marquée par sa vie de mortelle, elle avait avoué avoir du mal à s'imaginer combattre dans une lutte à mort et préférait généralement partir à l'ascension d'un piton, plutôt que d'écouter les leçons de Salomé.

Un autre problème avait fait surface : nouvelle venue, la jeune fille ne faisait pas le moindre effort pour s'intégrer au groupe. Ame solitaire, elle s'isolait volontairement des autres qui la regardaient comme une bête étrange et se méfiaient plus ou moins d'elle. Salomé devinait que quelque chose n'allait pas.
A la façon dont Royan s'éloignait à chaque fois qu'on discutait de "l'inhumanité des hommes", Salomé sentait bien que sa nouvelle protégée n'adhérait pas encore aux convictions de la communauté, et à son grand dépit, elle semblait s'en défier chaque jour davantage. Salomé perdait le contrôle et s'il y avait bien une chose qu'elle détestait, c'était bien ça ! Elle avait décelé chez Royan un énorme potentiel et sentait qu'elle représentait un aspect important du futur du clan, aussi chercha-t-elle un moyen d'y remédier de façon radicale.
Elle engagea par téléphone un privé afin d'en savoir davantage sur la vie passée de la jeune fille, dans l'espoir de dénicher quelque chose d'utilisable pour la rallier définitivement à sa cause. Elle ignorait alors combien ses suppositions allaient se révéler exactes, mais aussi qu'elle n'aurait pas le temps d'exploiter l'étonnante découverte qu'allait faire le détective.


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Chapitre 21...

# Posté le lundi 17 mars 2008 14:00

Modifié le lundi 17 mars 2008 14:24

Chapitre 22

Chapitre 22
(fin du flash-back, retour à la conversation Royan-Methos)
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- Tu parles de Salomé, c'est bien cela... ? fit Royan en se tournant vers Methos. Que sais-tu d'elle ?
- Je sais qu'elle te cherche, mais j'ignore pourquoi... et tu refuseras de me le dire telle que je te connais. De même que tu ne me diras pas où elle t'a emmenée et ce qu'elle a pu te faire...? !
- Si tu t'inquiètes de savoir si je suis proche d'elle, je te rassure, ce n'est plus le cas.
- Mais ça l'a été... répliqua Methos d'un ton glacé.
Royan, sur ses gardes, le fixait d'un regard glacé. Elle se sentait attaquée et injustement jugée par celui qu'elle avait cru son ami, et s'il y avait bien une chose qu'elle détestait c'était l'affrontement frontal. Elle finit néanmoins par donner une réponse :
- Elle a été mon mentor pendant quelques mois mais dès que j'ai compris sa vraie nature j'ai filé, c'est bien ça que tu espérais entendre ?!
Methos la considérait toujours d'une drôle de manière.
- Tu ne me crois pas ? Je le vois à ton regard... Tu penses que je me suis laissée endoctriner par sa rhétorique futile et insensée ?!
Après une brève hésitations, Methos finit par dire :
- Non, je te crois... Pardonnes moi mais je ne pouvais pas laisser place au doute... Elle est beaucoup trop dangereuse pour prendre sa présence à New York à la légère. J'insiste pour que tu partes loin d'ici au plus vite. Surtout maintenant que tu te l'es mise à dos, il est d'autant plus dangereux pour toi d'être là.
- Vous voulez sa tête, toi et Mac ? alors je dois rester. Elle est ici pour moi, si je pars vous la perdrez... De toute manière, elle sait parfaitement où je me trouve aujourd'hui et saura parfaitement me retrouver où que j'aille. Mais ne t'inquiètes pas, ça n'est pas à ma tête qu'elle en veut... Elle m'a juré de ne pas m'attaquer, je ne risque donc rien de ce côté là.
- Mais alors dis-moi pourquoi elle te suit ? fit Methos sans comprendre.
Royan faillit répondre "pour me faire souffrir"; mais elle garda le silence, de même qu'elle ne parla pas des coups de fil, du colis reçu, du harcèlement continuel dont elle avait été victime...
- Il ne faut pas que tu m'approches, c'est tout ce que tu as à savoir... finit-elle par déclarer en évitant le regard de l'immortel.
- Pourquoi remet tu ça sur le tapis ?
Royan se contenta de répondre :
- Je suis un danger pour vous... Pour tous ceux qui m'approcheront.
- Ne dit pas ça.
- C'est la vérité, et tu le sais. Alors va-t-en. Je dois régler ça toute seule.
- Pourquoi refuse-tu donc tant de quitter New York ? Je suis certain qu'on pourrait te mettre en lieu sur.
- Et toi, pourquoi tu t'accroches à moi comme ça ? finit-elle par demander d'une voix tremblante. Je ne suis pas différente de toutes les autres immortelles qui ont croisé ton chemin...
- C'est vrai, reconnut Methos, tu n'es pas la plus sexy, ni la plus enjouée, ni la plus douce des immortelles que j'ai connu... Tu es entêtée, secrète, renfermée, exaspérante... Et je pourrais continuer longtemps comme ça...
- Alors pourquoi moi ? J'ai besoin d'une réponse...
Methos glissa les mains dans les poches de son jean, et haussa une épaule en baissant les yeux, avant de murmurer :
- Pourquoi faudrait-il une raison à tout ?
Royan le considéra avec étonnement pendant un moment avant d'arriver à parler :
- Adieu Methos, dit-elle d'une voix douce. Nos routes se recroiseront sans doute un de ces jours mais pour le moment il me faut avancer seule... Et trouver mon propre chemin.
Il releva les yeux et les plongea dans ceux de Royan, avant de sortir ses mains des poches. Sa main droite renfermait quelque chose qu'il déposa dans celle de Royan en murmurant qu'il comprenait. Celle-ci, qui ne s'y attendait pas, rouvrit la main et découvrit une longue lanière de cuir noir apparemment ancienne à laquelle était accroché un gros coquillage nacré entouré de coquillages plus petits et de pierres violettes percées.
- D'où est-ce que ça vient ? s'étonna-t-elle.
- Tu l'aimes ?
- C'est très beau...
- Je l'ai fais de mes propres mains, il y a longtemps... J'étais mortel à l'époque.
Royan resta silencieuse, laissant Methos poursuivre.
- Je l'avais destiné à quelqu'un de très particulier pour moi... Ma petite s½ur, celle que je chérissais le plus, mais il s'est passé quelque chose qui m'a empêché de le lui remettre... Je ne l'ai jamais revue mais j'ai toujours gardé ce collier avec l'espoir stupide de la retrouver un jour et de le lui donner... J'avais oublié tout cela, mais la mémoire m'est revenue l'année dernière, quand tu vivais chez moi... Prends le... Il est pour toi...
- Je ne peux pas accepter ! Ca représente tant pour toi ! protesta-t-elle.
- Ca fait trop longtemps que je le garde caché... Et puis c'était Noël il y a peu, je te rappelle.
Royan considéra encore un peu le collier, puis Methos, avec beaucoup d'hésitations.
- Non, je ne peux vraiment pas... Excuse moi... murmura-t-elle en le reposant dans la main de Methos avant de rentrer chez elle et de verrouiller aussitôt la porte derrière elle.
Si elle n'avait pas agi ainsi elle n'eut probablement jamais eu la force de conserver ses distances plus longtemps. Methos considéra avec des regrets la porte close. Il partit après avoir suspendu le collier à la poignée de porte en murmurant :
- Comme signe de ce que tu représentes...

# Posté le mercredi 16 avril 2008 10:47

Modifié le mercredi 16 avril 2008 12:25

Chapitre 23

Royan rouvrit peu après et décrocha le collier qu'elle attacha autour de son cou, puis elle gagna la salle de bain, jetant au passage un ½il sur son reflet dans le miroir. Elle avait besoin de prendre une bonne douche après toutes ces émotions... Elle voulut allumer mais l'ampoule semblait avoir grillé, aussi dut-elle traverser à tâtons la pièce afin de trouver le bouton allumant le néon qui se trouvait au dessus du lavabo. Une curieuse sensation l'envahit alors qu'elle progressait dans l'obscurité. Le sol semblait couvert de quelque chose d'étrange, de visqueux... Une odeur désagréable flottait dans l'air. Une lueur d'un jaune orangé inonda la pièce après qu'elle eut allumé. Elle ne put contenir un cri et recula d'un bond. Une mare de sang d'un rouge sombre maculait le sol ainsi qu'une partie des murs, et elle pataugeait dedans... Un homme, grand et brun, était étendu face contre terre. Mue par un étrange pressentiment, elle n'hésita pas une seconde à se jeter à genoux à côté de lui. Il gémit quand elle le prit dans ses bras. C'était un miracle qu'il fut encore vivant après avoir perdu tout ce sang. Une arme blanche couverte de sang traînait à côté de lui et les traces sur le corps de l'homme ne mentaient pas : il avait été poignardé à plusieurs reprises, avec rage et sauvagerie. Royan fit couler un peu d'eau sur un linge et entreprit de nettoyer le visage de l'homme du sang qui le maculait. A peine eut-elle jeté un regard sur ce visage, qu'elle hurla...
***********
Methos s'immobilisa... Il lui avait semblé entendre quelque chose... Un cri. Que devait-il faire ? Revenir sur ses pas ou pas ?! Malgré ses doutes il décida de prendre le risque et fit demi-tour... Il remonta au pas de course les escaliers et frappa à la porte de Royan mais n'obtint aucune réponse. Inquiet, il força sans problème la serrure et pénétra dans l'appartement. Personne ne se trouvait dans la chambre... Il finit par la découvrir dans la salle de bain, en état de choc, affalée par terre dans le sang d'un homme qu'elle berçait doucement dans ses bras. Ce dernier semblait près de la mort à un point qu'il n'aurait sans doute servi à rien d'appeler les secours, pourtant la jeune fille avait attrapé son portable et tentait de composer un numéro d'une main tremblante tout en murmurant des choses incompréhensibles. Methos lui arracha le téléphone des mains et le jeta loin. Elle avait déjà connu suffisamment de soucis avec la loi ces derniers temps. Si la police venait à la découvrir ici avec un cadavre, les choses ne pouvaient que mal tourner. Elle lui lança un regard noir, puis l'oublia pour reporter toute son attention sur le mourrant. Un homme visiblement à l'aube de la quarantaine, des tatouages plein les bras, qu'elle berçait en murmurant un nom, "Noah"...
- J'suis désolée... Je suis désolée Noah... Pardonne moi ! se lamenta-t-elle, des larmes plein les yeux.
Methos s'accroupit vers elle et lui demanda :
- Qui est ce type ?
Elle mit un moment à répondre :
- Un homme que j'ai aimé... et qui en paye le prix aujourd'hui. Il s'appelle Noah Underwood.
Ce dernier sembla réagir à son nom. Il voulut parler mais le sang qui emplissait sa bouche et la douleur l'empêchait d'articuler correctement. Il toussa et cracha une gerbe de sang.
- Il doit bien y avoir un moyen de le soulager ? implora Royan en regardant Methos.
- La seule chose qui le soulagera c'est la mort hélas...
L'homme parvint finalement à murmurer... Royan, s'en apercevant, se pencha au dessus de lui :
- Royan... Je voudrais te demander... Seulement une chose... pardonnes moi pour le mal que j'ai pu te faire autrefois... Si tu le peux...
- C'est le passé... Tu t'es racheté depuis... J'ai tiré un trait sur tout cela, ne t'en inquiètes plus... murmura-t-elle à son tour sans pouvoir rejeter la douleur qui était toujours sienne quand elle évoquait cet aspect de son passé.
- L'année dernière... à Londres, c'était toi... C'était bien toi, n'est-ce pas...?
Royan repensa à cet après-midi à Piccadilly Circus, durant lequel elle avait discrètement suivi Noah... C'était là qu'elle avait fait la connaissance de Roman.
- Oui... C'était moi... murmura-t-elle.
- J'en étais sur... murmura-t-il avec un étrange sourire, avant d'expirer.
Elle se pencha en avant et pleura silencieusement. Methos dut l'éloigner du corps, puis il décida d'organiser les choses pour faire disparaître toute preuve compromettante de cet appartement. Pour cela, il appela Joe et Mac, qu'il mit au fait de la situation par téléphone.

Les deux hommes ne tardèrent pas. Ils déposèrent le corps dans le rideau de douche et lavèrent à grande eau le sol et les murs. Ils passèrent à la machine les vêtements de Royan et de Methos qui prirent une douche l'un après l'autre. Joe acheva le nettoyage avec de l'eau de javel. Après ce " grand nettoyage", et après avoir déposé le corps sur le banc d'un parc où la police le trouverait le lendemain, Methos prit sur lui de poser certaines questions à Royan sur ce qui s'était passé...

Elle s'était réfugiée au plus profond d'un large fauteuil, recroquevillée sur elle-même, le menton calé sur les genoux, et se rongeait les ongles littéralement jusqu'au sang en regardant la rue déserte depuis sa fenêtre. Methos, après s'être assis près d'elle, lui tendit une tasse de lait au miel chaud qu'il venait de préparer. Elle observa un moment la tasse fumante avant de s'en saisir précautionneusement et d'en avaler une gorgée qui lui apporta un bref réconfort. Elle ferma les yeux, dans le vain espoir de contenir les larmes qu'elle sentait revenir.
- C'est donc tout ce qu'offre l'immortalité ?! murmura-t-elle d'une voix hagarde et cassée. Violence et mort... !
Methos ne sut que répondre... Son regard glissa sur la jeune femme tremblante. Il la savait forte, suffisamment pour dépasser cela avec le temps, mais l'horrible découverte qu'elle venait de faire ce soir aurait traumatisé n'importe qui... Pourtant, elle semblait peu à peu retrouver ses esprits. Il se releva et vint s'accroupir au pied du fauteuil dans lequel elle se trouvait, plongeant son regard dans le sien qu'elle gardait baissé. Il posa une main affectueuse sur elle et lui demanda si elle savait qui était le responsable de tout ça, en indiquant d'un mouvement de tête la salle de bain. Elle se pinça la base du nez et finit par murmurer d'une voix rageuse :
- Tu le sais comme moi ! Tu m'avais prévenu... mais j'ai été trop stupide et c'est Noah qui en a payé le prix.
- Salomé Reinhardt, murmura doucement Methos, avant d'ajouter : Tu ne pouvais pas te douter...
- Oui, Salomé... mais ce que j'ignore encore, c'est comment elle a pu faire le lien entre moi et Noah !
- Un bon détective trouve cela facilement.
Elle eut un sourire désenchanté qui ne masquait pas son doute.
- Nul n'a jamais rien su de cette relation qui m'avait liée à Noah... C'était à l'époque où j'avais fui l'Irlande et ma famille, mon passé... Je vivais avec lui sous un faux nom et après qu'on se soit séparés je ne l'ai jamais revu ni reparlé de lui... Il n'y avait que Jesse pour savoir, mais il n'a pas pu parler à Salomé. Non, elle en sait décidément trop sur moi...
- C'est peut être Underwood qui a mentionné votre relation...? Proposa Methos pour calmer Royan dont l'état nerveux l'inquiétait au plus haut point.
Elle voulut bien admettre cette dernière possibilité sans grande conviction.
Chapitre 23

# Posté le mercredi 16 avril 2008 12:22

Chapitre 24

Chapitre 24
Désolée pour le délai d'attente !! ^^ Voilà une suite qui sera je l'épère à la hauteur ! ;)
************

- Maintenant... Une décision doit être prise, fit Methos avec un peu d'hésitation.
- Quoi..?
Puis observant Methos plus attentivement elle soupira :
- Pourquoi j'ai l'impression que ce que tu vas me dire ne va pas me plaire ?
Il eut un sourire fripon afin de la dérider, sans grand succès.
- L'affaire devient trop grave, jusque là il n'était question que de menaces verbales... maintenant Salomé est passée à l'acte et tu dois partir... Je ne veux pas que ce soit toi sa prochaine victime, ni toi, ni qui que ce soit d'autre, murmura-t-il en tentant de contrôler le flux de ses propres émotions.
- Tu veux m'écarter... ! Ce n'est pas comme ça que Salomé sera mise hors d'état de nuire, je te l'ai dis... Si je pars elle disparaîtra et tôt où tard, me retrouvera et tout recommencera alors...
Il la coupa avec sécheresse :
- Si tu restes d'autres innocents mourront, c'est aussi sûr que deux et deux font quatre !
- Et... En admettant que j'accepte de m'exiler... balbutia-t-elle, Où suis-je sensée aller me cacher?! S'enquit-elle avec un sarcasme douloureux.
- J'ai un ami qui peut te loger au Chili... Je n'y suis allé qu'une fois mais c'est magnifique.
- Et très isolé ! surtout en plein hiver, fulmina-t-elle. Le bout du monde... Tu tiens décidément à me garder sous cloche !
MacLeod s'approcha. Croisant son regard, puis celui de Joe, elle leva une main :
- C'est bon, j'irai là bas.... Mais ça ne réglera rien, soupira-t-elle.

Elle les accompagna jusqu'à chez MacLeod où elle passa le restant de la nuit sans parvenir à fermer l'oeil une seule seconde. Methos avait veillé toute la nuit mais était parvenu à lui obtenir avec une rapidité surprenante de faux papiers, tandis que Joe s'était occupé de faire une réservation sur un vol en direction de Mexico, d'où Royan était censée prendre un train pour la capitale Chilienne… Un bien long voyage...

# Posté le dimanche 25 mai 2008 10:14

Modifié le mardi 21 octobre 2008 17:10