Methos s'échina vainement à rechercher Royan dans tout Paris pendant plusieurs heures. A court d'idées, il se résolut finalement à rentrer chez lui tard dans la nuit, bien décidé à reprendre les recherches avec Duncan et Joe dès le lendemain. Il était dans l'escalier menant à son appartement quand il la vit...
Elle était assise sur une marche un peu en dessous du pallier de l'appartement de Methos. Elle n'avait trouvé nul refuge lui inspirant un tel sentiment de protection. Lorsqu'elle sentit le buzz de Methos, elle leva un regard empreint de gêne vers lui. Sa fatigue et ses peurs étaient visibles sur son visage. Elle avait pleuré.
Il gravit lentement les quelques marches qui les séparaient encore l'un de l'autre et s'assit à côté d'elle. Elle le regarda faire sans prononcer une parole et enfouit son visage dans ses mains.
- Regarde moi Royan... Parle moi, chuchota-t-il avec douceur.
Elle tourna ses beaux yeux désolés vers l'immortel.
- J'ai fais une erreur en revenant ici... Tu ne peux rien pour moi... Je crois qu'il y a quelque chose de malsain en moi, je crois que je suis entrain de devenir... folle.
Folle, le mot était lâché. Ca avait été très dur pour la jeune fille de le prononcer et Methos l'avait bien ressenti. Il s'empressa de la rassurer :
- Tu n'es absolument pas folle, crois moi ! dit-il en posant une main sur son épaule.
- Mais... J'ai découvert des choses que tu ne peux même pas imaginer sur moi.
- Parles m'en... !
- Non... Je ne peux parler à personne.
- Si, à moi tu le peux si tu le désires réellement... Tu le sais.
Elle hésita encore un moment mais le besoin de se confier se fit plus fort que sa résistance et ses craintes :
- Je... Je sais que je ne devrais pas être là. Methos, je devrais être morte ! s'exclama-t-elle d'une voix tremblante.
Elle raconta à Methos son histoire dans les moindres détails.
- Je savais déjà approximativement tout cela, révéla Methos. J'ai vu les articles que tu avais trouvé sur internet.
Elle baissa les yeux.
- Je ne comprends pas... Comment puis-je être ici ? Aurais-je été dans une sorte de coma... ?
Pressentant que le moment était venu de lui révéler toute la vérité sur son immortalité, Methos prit son courage a deux mains et murmura :
- Tu es bel et bien morte là bas, au Népal...
Royan se figea, surprise et figée malgré elle par cette phrase si catégorique.
- On... On dirait que tu sais quelque chose ? s'étonna-t-elle sans relever l'étrangeté de ce que Methos venait de lui apprendre.
- J'aurais préféré que ce soit Mac qui se charge de tout t'expliquer, il a plus d'expérience que moi dans ce genre de discours, mais puisqu'il le faut...
Il hésita.
- Arrêtes, tu me fais peur ! avoua Royan en tentant de se dégager.
- Tu n'as rien à craindre de moi, je t'en fais la promesse, mais tu es... particulière et il va te falloir l'accepter. Tu es comme moi et MacLeod... Tu es immortelle... !
La jeune fille laissa échapper un éclat de rire nerveux.
- Jolie plaisanterie ! Je reconnais là l'humour si fin qui te caractérise, seulement là tu vois j'ai besoin d'être écoutée, je n'ai pas le c½ur à rire...
- Je ne plaisante pas Royan ! Pas avec quelque chose d'aussi grave, répliqua Methos, mettant autant de sévérité qu'il le put dans sa voix. Quand tu es tombée dans cette crevasse, tu t'es tuée et tu as connu ce que nous appelons ta « première mort », qui t'a fait passer du statut de mortelle à celui d'immortelle. La glace t'a conservée en léthargie, empêchant ton réveil pendant 4 ans, ce qui explique que tu n'aies aucun souvenir de ces quatre dernières années. Tu ne les as jamais vécues !
Face à l'air renfermé et méfiant de Royan, il se résolut à recourir à la technique classique : il sortit un canif de sa poche et, sous le regard stupéfait de la jeune fille, il se taillada profondément la paume de la main gauche. En quelques secondes, la coupure cicatrisa... Royan se releva vivement :
- C'est impossible... ! Qu'es-tu... ?
- Je te l'ai dit... Nous sommes semblables, répondit Methos en se levant lui aussi.
- Arrêtes ! Ne m'approche pas ! cria-t-elle, paniquée. Je suis normale moi, je ne te crois pas !
Methos comprenait parfaitement ce que ce moment pouvait avoir de traumatisant pour Royan, aussi n'hésita-t-il guère. Autant la convaincre le plus vite possible. Il avança. Tendue, Royan ne le repoussa pourtant pas quand il saisit sa main et pratiqua une légère incision sur son poignet car au fond d'elle-même, elle avait le besoin de savoir... Elle fixa intensément la blessure, et sentit le battement de son coeur s'accélérer en observant sa disparition quasi-immédiate...
Il l'entraîna à l'intérieur de son appartement et la fit s'asseoir, avant de lui apporter un verre d'eau. Il était près de 2 heures du matin, ils étaient tous deux épuisés mais leur conversation ne faisait que commencer...
Methos lui expliqua d'abord qu'un nombre inconnu d'immortels se cachait au sein de la population humaine, et cela depuis très longtemps. Il lui exposa les règles à respecter lors de la rencontre d'un autre immortel et les précautions à prendre. Il répondit à ses questions sur les duels et le « prix », lui expliqua l'interdit qui planait sur les lieux sacrés, et lui avoua que Joe était au courant de l'existence des immortels, se gardant toutefois de lui parler des guetteurs.
- Alors ce bourdonnement qui résonne à chaque fois que toi ou Duncan êtes là, c'est une sorte de système d'alarme... ?
- Oui, pour te permettre de te préparer en cas de menace. C'est inclus dans le pack de survie des immortels, ainsi qu'un bon maître d'armes, et un solide instinct de conservation !
- C'est dingue... J'ai l'impression de me retrouver dans la quatrième dimension ! Je ne suis pas sure d'être prête pour ça... Tout ce que je veux, c'est rentrer chez moi, et retrouver ma vie et ma famille...
- Malheureusement c'est impossible... Tu as « dormi » quatre ans, plus rien n'est comme tu l'as connu. Pour eux et pour le monde entier, Royan Carmichael est morte ! Tu ne peux réapparaître comme si de rien n'était en espérant qu'ils ne se posent pas de questions... Tu va devoir les oublier, même si c'est plus facile à faire en théorie qu'en pratique je le reconnais.
- Peut être mais j'aimerais tant les revoir au moins une fois...
- Dis toi que des immortels pourraient se servir d'eux pour t'atteindre et prendre ta tête. Les lois sont ce qu'elles sont pour de bonnes raisons.
- Ne me demande pas ça Methos, c'est trop cruel ! protesta Royan.
- Bienvenue parmi les immortels ! Il faudra bien te résigner face à l'inéluctable, accepter le sacrifice nécessaire ou souffrir éternellement, tel est en gros le choix qui s'offre à nous...
Royan eut une moue chagrinée.
- Ne me regarde pas comme si j'étais un monstre, j'essaie seulement de t'épargner les souffrances et de désillusions que tu pourrais connaître en agissant comme si rien n'avait changé.
- Alors, je n'ai plus rien... Plus personne... C'est si injuste.
- Tu nous a, moi, Joe et Mac...
- C'est vrai... J'ai de la chance.
Malgré tous les efforts de Methos, Royan garda son expression atterrée. Elle se leva sans un mot pour aller se coucher...